Cher Monsieur le Chef de l'Etat Pied-Noir, Cher Pierre Granès,

Dernier Intendant Général de l'École Catholique, Royale et Militaire de Sorèze, Président du Cercle Alphonse II, je fus victime, en 1989, d'un premier infarctus du myocarde.

Pensant que je n'en avais plus pour longtemps, je suis allé repérer les lieux du cimetière de Sorèze où je souhaitais me faire enterrer.

Ma concession est restée, pour l'instant, désespérément vide.

Chemin faisant, j'ai remarqué, au sein d'un allée, un tombeau effondré. 

Relevant quelques pierres du fronton, j'ai découvert les mots Camérier puis Secret puis Pie IX, puis Gabriel.

Je me suis mis alors à enquêter auprès des personnes âgées du village.

J'ai ainsi appris qu'il s'agissait de l'Abbé Jean Louis Gabriel né à Revel,  le 19 juillet 1796 (1er Thermidor de l'an IV) et mort à Brest ( plus exactement à Pour ar Vilin) le 4 juillet 1866, lors d'un regrettable accident de navigation.

L'Abbé fut un des camériers secrets de Sa Sainteté le Pape Pie IX qui exerça le plus long pontificat, après Saint Pierre, dans l'Histoire des Papes.

Mon enquête me fit découvrir qu'il fut le maître organiste de Camille Saint Saêns.

Ce Saint Saëns du boulevard qui porta son nom à Alger. Ce Saint Saëns né à Paris le 9 octobre 1835 et mort à Alger le 16 décembre 1921. pianiste, organiste et compositeur français de l'époque post-romantique.

Ce Saint Saëns né français et mort Pied-Noir.

On dit toujours que l'on est né Pied-Noir mais il y a beaucoup de personnalités qui sont nées françaises, qui ont vécu en Algérie, qui sont devenues Pied-Noir de cœur et qui sont mortes en Algérie, le cœur aimant les Pieds-Noirs.

J'enquêtai alors sur le musicien et découvrit un parent, Monsieur Marcel Nussy-Saint Saëns de l'Académie des Sciences et Lettres de Montpellier qui avait consacré une conférence à l'Abbé Gabriel, lors de la séance du 13 décembre 1982 de cette vénérable institution.

Il avait eu donc bonne connaissance de l'Abbé et m'en parla avec chaleur.

Je décidai alors de relever le tombeau.

En accord avec le Maire-Adjoint de Sorèze, Maître Charles de Guibert, homme d'une grande qualité, hélas, décédé désormais, j'organisai une souscription au sein du Cercle Alphonse II qui rapporta un peu plus de 6.000 Francs.

Ayant obtenu un devis de l'architecte des bâtiments de France de l'ordre de 11.000 francs, je proposai à la Mairie de mettre le reste dans la corbeille.

Ce qui fut fait. 

Le Maire de Sorèze, Maître Albert Mamy, est un ami des Pieds-Noirs de longue date et il en a payé le prix au temps de l'Algérie française. 

Le tombeau a été restauré.

Je voudrais maintenant aller plus loin, en consacrant un ouvrage modeste à l'Abbé Gabriel.

J'ai récolté des documents et une lithographie auprès d'autorités concernées.

L'abbé fut officier de la Légion d'Honneur mais pas seulement. Il fut également chanoine honoraire de Montpellier et d'Alger. Ce fut enfin un disciple de Saint Augustin.

Je continue à marcher sur ses traces mais j'ai pensé que deux ordres hospitaliers, Saint Jean de Jérusalem et Saint Lazare de Jérusalem, dont les sympathies sont connues, pourraient s'associer à notre démarche en nous permettant de mettre en valeur un exemple de vie pieuse pour les générations présentes et à venir. Pas un soutien financier mais un soutien documentaire en intervenant auprès des Archives du Vatican.

L'Abbé a produit des livres. Sa pensée fut profonde à la hauteur de celle du Père Henri Dominique Lacordaire . Nous pourrions les rééditer à moindre frais. Qu'en pensez-vous ?

Il serait bien, au moment où les Maîtres de l'Eglise sont honorés, à juste titre, de brosser la vie exemplaire d'un simple serviteur de Dieu.

Nous pourrions faire entrer l'Abbé et son élève dans une "Commission histoire et mémoire des Pieds-Noirs" en proposant de confier cette commission à un Ministre d'État de l'Histoire et de la Mémoire dont pourrait être chargé  Dimitri Casali, ce talentueux auteur Pied-Noir, que j'ai eu l'immense bonheur de rencontrer, grâce à Laure Joanin-Llobet et à son mari, Jérôme Llobet, fervents partisans et donateurs dans le cadre de notre démarche nationale.

Il vous faut consulter le Site http://dimitricasali.fr de Dimitri Casali et vous comprendrez pourquoi je propose son nom.

Il me semble que l'Histoire et la Mémoire jouent un rôle primordial dans l'épopée de notre Nation "Pied-Noir". 

Co-fondateur du Cercle Algérianiste, aux côtés de Maurice Calmein, je fus le fondateur des Editions de l'Atlanthrope en hommage au paléontologue,Camille Arambourg, qui découvrit, en 1954, l'Atlanthropus Mauritanicus aux alentours d'Oran, à Ternifine, 

L'Atlanthrope est certainement le premier Pied-Noir connu de l'Humanité. (petite taquinerie).

Il vaut mieux être connu par des faits de plume que par des faits d'épée, même s'ils sont glorieux. 

Albert Camus en est la démonstration évidente.

Lorsque l'on parle de lui, il est dit : Camus, le Pied-Noir et non Camus, le Français.

Ce faisant, c'est notre Nation qui est honorée.

Nous avons introduit le terme de Peuple Pied Noir, puis celui d'État Pied-Noir, en quelques mois. Deux Révolutions pour ceux qui veulent nous confiner dans la "communauté des Rapatriés".

La troisième révolution sera la Nation, la Nation Pied-Noir,  au titre de la Conférence d'Ernest Renan, donnée à la Sorbonne en 1882 sur le thème : Qu'est-ce que Nation ?.

Il nous faut prendre, maintenant que la destinée de notre Peuple est entre nos mains,  de la hauteur, de l'air frais, de l'air pur et d'imposer la Nation Pied-Noir avec son Panthéon. "La Nation Pied-Noir, à ses grands hommes et femmes, reconnaissante".

Je dis imposer car un black out total nous contraint au silence.

Archimede, l'association que nous avons créée à l'effet de briser ce silence, pourrait organiser, en ce sens,  des conférences sur tout le territoire. 

Ce message, sous forme d'article, pourrait être diffusé par nos amis porteurs de Sites, de Blogs, de Pages afin que ces grands cœurs Pieds-Noirs et Amis soient connus et reconnus.

Soyez assuré, cher Monsieur le Chef de l'Etat Pied-Noir, cher Pierre Granès, de ma haute considération respectueuse.

Jacques Villard - Président du Conseil des Ministres de l'Etat Pied-Noir

            Dans le même ordre d'idée, j'aimerais que nous puissions rendre hommage au Président du Conseil des Ministres français en 1924, Edouard Herriot.

Cet homme illustre doit être déclaré personnalité éminente "Pied-Noir".

Deux articles le prouvent :

Le 11 novembre 1956, trois mois avant sa mort, le président Edouard Herriot, maire de Lyon, préparait le jumelage de sa      commune avec celle d'Oran. Si Fouques-Duparc, maire d'Oran, se vantait de ses origines lyonnaises, le président Herriot, lui, aimait à préciser que ses parents reposaient au cimetière d'Oran [François-Nicolas HERRIOT décédé le 05/03/1889 à Oran et Jeanne Eugénie COLLON décédée le 02/12/1896 à Oran]. 

C'était donc un jumelage tissé sur des liens sentimentaux bien réels et forts. Que sont devenues les dépouilles des parents du Président Edouard Herriot ? La France les a-t-elle abandonnées comme celles des Pieds-Noirs ? En souvenir de ce passé émouvant commun entre la ville de Lyon et notre Peuple Pied-Noir, l'actuel Maire de Lyon, Ministre de l'Intérieur, pourrait faire comprendre à qui de droit qui sont réellement les Pieds-Noirs. Nous pouvons rêver!

Monsieur Edouard Herriot reçoit une délégation Oranaise en 1956 conduite par le maire Henri Fouques-Duparc et se rend à son tour à Lyon le 2 décembre 1956. L’allocution de Monsieur Edouard Herriot figure au Bulletin Municipal Officiel du même jour. En voici quelques extraits :

            "Si M. Fouques Duparc peut justement se vanter de ses origines lyonnaises et nous rappeler qu’il a, au cimetière de Loyasse, des souvenirs qui confirment son dire, je peux, moi, par une espèce de hasard, déclarer que je suis attaché à la ville d’Oran par des liens que rien n’a pu détruire et que rien ne détruira jamais.

            Tout d’abord, c’est là que reposent mes parents. Il peut paraître que je ne suis pas un fils très fidèle, puisque je ne vais pas souvent sur leur tombe, mais par bonheur, j’ai des amis qui veulent bien me représenter dans les moments où c’est le plus nécessaire, lorsque c’est le mieux indiqué. Et il y a à peine quarante huit heures, je recevais un télégramme de notre cher préfet d’Oran, M. Lambert, qui disait qu’une fois de plus, il s’était rendu sur la tombe des miens, ce dont je saisis l’occasion de le remercier profondément.

Mais je suis attaché à la ville d’Oran par d’autres liens. Il y avait autrefois, je ne sais pas si cela existe toujours, dans l’hôtel de ville, une petite salle qui servait de bibliothèque et où les jeunes gens qui avaient quelques loisirs venaient s’instruire et travailler pendant la période des vacances. Je suis allé, pour ma part, bien souvent dans cette salle que je ne retrouverais pas sans émotion, et c’est là que je rencontrais un autre jeune homme, comme moi partiellement désœuvré, et qui devait, par la suite, devenir mon beau-frère. Il est mort ; il a été tué pendant la guerre de 1914-1918, mais son souvenir m’est resté présent, et je ne pourrais pas retourner dans cette salle dont je viens de parler sans un serrement de cœur que je redoute profondément.

            Voilà un de mes souvenirs, et on ne contestera pas qu’il soit précieux, direct et efficace. J’en ai un autre qui me rattache directement à la mairie d’Oran, pas seulement à la ville, mais à la mairie que vous administrez, monsieur le Maire. Mon père et ma mère avaient cru bien faire en échangeant des maisons qu’ils possédaient à Alger pour des terrains de culture aux environs d’Inkerman. Ils avaient fait cela dans l’intérêt de leurs enfants, et je dois leur en savoir gré. Je leur en sais gré, mais l’expérience avait démontré que l’administration des terrains d’Inkerman, faite de France, était une grande difficulté, presque une impossibilité.

            Aussi, quand je perdis ma mère, ce qui a été un bien grand deuil dans ma vie, je réfléchis, avec ma sœur aînée, que nous ne pourrions pas continuer à nous occuper de cette propriété, à moins de quitter les devoirs que nous avions en France. Je fus autorisé, par un vague conseil de famille, à renoncer à la propriété de mes parents, à leur héritage, et je me vois encore, un jour de l’hiver 1909, et votre mairie doit en avoir conservé la trace, montant les escaliers de l’hôtel de ville pour aller, le cœur gros, renoncer à la succession de mes parents, et c’est ainsi qu’ayant été à un certain moment possesseur de 200 hectares de terrain dans la plaine du Cheliff, je n’y ai plus maintenant qu’une pauvre baraque construite par ma mère et où je venais passer mes grandes vacances, en contact avec les Arabes qui, à ce moment-là, étaient tous des amis et ne parlaient pas du tout d’insurrection. Voilà un deuxième souvenir qui me rattache à la mairie d’Oran, j’allais dire à la mairie de Lyon, je confonds souvent les deux souvenirs, Oran et Lyon, tant ils sont proches dans ma pensée, sur certains points.

            Voilà les souvenirs qui me lient à la ville d’Oran. Je me crois donc en droit de dire que je ne suis pas tout à fait étranger à votre cité, mon cher maire, et que j’ai quelque droit de m’en réclamer, puisque j’y ai vécu quelques-unes des heures les plus émouvantes, les plus tragiques et, j’ajoute, les plus dangereuses de mon existence. C’est donc non pas seulement par un sentiment de politesse, de courtoisie, qui est largement dépassé en la circonstance, mais de tout cœur, qu’en vertu de souvenirs profondément chers, je vous reçois ici, vous tous, habitants de la ville d’Oran, représentants de la ville d’Oran, et que je vous remercie en particulier pour le beau cadeau que vous m’avez apporté. Ce pistolet, qui ne tuera personne, restera tout près de moi comme un témoignage à la fois de l’art arabe et aussi de votre charmante amitié, de votre affection qui s’est ingéniée pour trouver un souvenir qui me rappelât ce gros bled du Chélif où je voyage encore si souvent par la pensée.

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